Note de lecture : Chimamanda Ngozi Adichie, Chère Ijeawele, Un manifeste pour une éducation féministe. Paris, Gallimard. Mars 2017, 84 pages.

Alors que les dénonciations de la violence et des formes d’injustice envers les femmes suscitent beaucoup de débats de part et d’autres dans les pays occidentaux, la réalité dans les pays du Sud est que la raison d’être même des revendications féminines se trouve toujours au stade de justification.

L’écrivaine et essayiste nigériane Chimamanda Ngozi Adichie contourne cette forme de blocage par son approche de la lutte contre les inégalités homme-femme par la littérature. Après ses romans à succès, mettant en lumière des héroïnes africaines modernes et libres, la romancière continue son plaidoyer pour le féminisme.

Dans son essai Chère Ijeawele, dont la traduction française est parue en mars 2017 chez la maison d’édition Gallimard, l’écrivaine nigériane Chimmamanda Ngozi Adichie développe sa vision d’une éducation féministe des filles.

Il s’agit d’un court ouvrage sous une forme épistolaire que l’auteure envoie à son amie d’enfance qui vient de donner naissance à une petite fille et qui lui demande des conseils en matière d’éducation.

Dans sa lettre, elle lui propose deux principes féministes et quinze suggestions qu’elle résume par les termes « Je compte. Pas à condition
que. Pas tant que ».(p.16) et la question suivante (…) peut on inverser
une proposition x et obtenir le même résultat
?(p.16).


Lettre de femme à femme, à propos des femmes et pas que pour les femmes, l’essai aborde des sujets tels que l’identité, l’éducation, l’importance de travailler, le mariage, la maternité et la paternité, la tradition et la culture de façon très naturelle et avec une grande
lucidité.

Avec des exemples réels à travers lesquels les lectrices malgaches s’identifieront facilement, Adichie pointe du doigt les discours biaisés qui instrumentalisent la culture et la tradition pour justifier des pratiques injustes envers le genre féminin.

C’est un livre qu’on lit d’un trait et qui ferait conclure : voilà enfin un écrit qui parle de la condition féminine sans verser dans le mélodrame, qui ne fait pas de la femme une victime à plaindre où en attente d’un sauveur justicier ».


D’ailleurs, lorsqu’elle parle de la question de l’oppression, elle le dit sans équivoque « Quand tu lui apprendras ce qu’est l’oppression, fais attention à ne pas faire des opprimés des saints. Nul besoin d’être un saint pour avoir sa dignité. »


Alors que le féminisme est perçu comme un concept qui vient d’ailleurs et inadapté au contexte africain et malgache, cet essai montre qu’une fois de plus la littérature peut être un canal adapté pour véhiculer des idées peu acceptées et faire évoluer les conditions de la femme.

RASAMOELINA Tahina

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