Que peut-on retenir de l’étude de l’ INSTAT sur les impacts du Covid-19 sur les ménages à Madagascar

La pandémie du Covid-19 qui frappe l’intégralité de la planète se fait ressentir à Madagascar le 22 mars 2020, lorsque le Président de la République déclare « l’État d’urgence sanitaire ».

S’en suivent alors de nombreuses mesures immédiates telles que :

  •  La fermeture de toutes les églises
  • La possibilité de réquisitionner les moyens du public et du privé des secteurs suivants : Commerce, Eau, Énergie, Télécoms, Banque, Voirie
  • Le renforcement de la discipline à l’encontre des confinés et des neo-arrivants : mise en place d’un numéro vert pour dénoncer les intéressés qui ne respectent pas leurs engagements.
  • La fermeture des liaisons Tana-Provinces, hormis le transport de marchandises
  • La fermeture de tous les transports urbains dans Tana (Bus et Taxi Be)
  • Le maintien des magasins alimentaires, grossistes, épiceries, grandes surfaces.
  • Le renforcement du dispositif Tsena mora/tsena-pokontany ouvert@chaque jour de 6h à 12h à Antananarivo.
  • Seule une (1) personne par foyer peut y faire les courses et l’huile et le riz y sont rationnés.
  • Le maintien des pharmacies, des banques et des stations d’essence
  • La fermeture des guichets de l’administration publique sauf Santé, Justice et Sécurité (postes de police)
  • Le maintien de l’ouverture de la Jirama et des Télécoms
  • Pour les entreprises privées, les employeurs sont libres de prendre leur disposition pour continuer à faire tourner leurs sociétés.
  • l’instauration d’un Couvre-feu tous les jours de 20h à 5h du matin.

Comme on peut l’imaginer, l’application de ces mesures a profondément bouleversé la vie de nombreux ménages qui, comme le souligne l’expression populaire locale vivent au jour le jour :  » Ny no hanina androany, tadiavina androany ».

Qu’est-ce que celà signifie réellement ? Quels sont les impacts réels du Covid-19 et de l’ Etat d’urgence sanitaire sur les ménages malgaches ?

Pour répondre à cette question, l’ Instat commissionné par le Ministère de l’ Économie et des Finances réalise alors une enquête auprès de 1240 ménages répartis dans toute l’île.

Ce billet résume les points essentiels qu’il faut retenir de cette étude d’impact.

L’impact de la sensibilisation menée sur le coronavirus

Dès le début de l’épidémie, Madagascar met en place une campagne de sensibilisation sur le covid-19 et les gestes barrières (conseillés par l’ OMS) pour l’éviter.

Les résultats de l’étude réalisée par l’INSTAT montrent que cette campagne de sensibilitation est un succès : près de 98 % des ménages enquêtés déclarent avoir connaissance du Covid-19 ainsi que des gestes barrières pour l’éviter. Ceci, sans distinction du milieu, rural ou urbain.

La télévision et la radio restent le moyen d’information le plus utilisé pour s’informer sur le Covid-19.

Quelles sont les réactions à la campagne de sensibilisation ?

La campagne de sensibilisation s’est profondément axée sur les dits « gestes barrières » notamment : se laver les mains le plus souvent possible, éviter les rassemblements de plus de 50 personnes, éviter les contacts physiques comme les gestes de salutation de base, annuler les déplacements dans le pays ainsi que le slogan  » Mijanonà an-trano » ( trad. Restez chez vous).

Les ménages enquêtés déclarent à majorité appliquer les gestes barrières, tels que le montre le graphique 10 (p.10)

Mais l’enquête révèle également le non-respect du confinement. Près d’1/3 des personnes enquêtées déclarent passer entre 2 et 7 heures en dehors du foyer et seuls 29 % passent moins d’1 H en dehors du foyer lors des sorties.

L’impact de l’état d’urgence sur l’accès aux besoins essentiels.

Accès à l’alimentation

Si le début de l’état d’urgence à été marquée par une ruée vers les lieux d’approvisionnement, cette frénésie s’est vite essoufflée et la plupart des ménages se sont réduits aux achats hebdomadaires de leurs vivres.

Environ la moitié des ménages dans les zones urbaines confinées ont eu des difficultés à s’approvisionner en riz. Une bonne partie des ménages enquêtés (84%) ont vu le prix du riz augmenter dans les points de vente.

Certains ont été également confrontés à des ruptures de stock dans les points de vente de proximité.

Accès aux services de soins

Selon les résultats, environ 15% des ménages ont eu besoins des soins médicaux depuis la première déclaration de l’état d’urgence.

L’apparition des symptômes comme la fièvre, la fatigue et le stress sont les principales raisons du besoin de soins médicaux des ménages qui touchent environ 64% des ménages enquêtés, et qui concernent beaucoup plus les ménages ruraux.

Accès à l’éducation

Les résultats montrent que 72% des ménages avaient des enfants scolarisés âgés de 3 ans ou plus avant la période de confinement. Pendant que les écoles restent fermées, les parents doivent accompagner l’école de leurs enfants.

La majorité des ménages a ainsi adoptée la « révision à la maison » (61%). Toutefois, 24 % des ménages enquêtés déclarent ne pas avoir effectué d’activités pédagogiques depuis le début du confinement.

Quels impacts sur l’emploi ?

Qu’il s’agisse de zones rurales ou urbaines, confinées ou non, les impacts du COVID– 19 sur l’emploi touchent l’ensemble du territoire national.

L’instauration de l’état d’urgence sanitaire ont ralenti les activités de productions sur l’ensemble du territoire national. Toutefois, les effets sont différents selon les milieux.

Ainsi, la perte d’emplois est plus importante dans les zones urbaines confinées contrairement aux zones rurales. Ce constat confirme le fait que l’Agriculture soit relativement épargnée par les effets de la pandémie du COVID –19 sur l’Emploi.

Les secteurs les plus touchés sont la restauration et l’hébergement, le transport, la fabrication ainsi que le commerce.

On note également que si certains réussissent à se maintenir, de nombreux secteurs connaissent une forte perte d’emplois. Les principales raisons sont le couvre-feu qui frappe de plein fouet l’économie noctilienne, l’arrêt de l’activité dûe aux mesures d’état d’urgence ainsi que la fermeture des frontières.

Diminution des revenus du ménage

D’une manière générale, les mesures d’état d’urgence ont causé une
diminution des revenus des ménages.

En considérant la totalité des sources disponibles, 64,4% des ménages ont accusé une diminution des revenus.

Bien que les emplois de l’Agriculture soient relativement préservés, les revenus de ces derniers sont pénalisés par la pandémie du COVID – 19 au même titre que ceux des entreprises familiales non agricoles.

L’ EDBM publie un rapport inquiétant de 36 % des entreprises temporairement fermées, une réduction de chiffre d’affaires de 25% pour 91 % des entreprises enquêtées (pour le trimestre). Le tourisme et le secteur textile sont massivement touchés avec près de 50 000 emplois directs et 300 000 emplois indirects.

On ne peut qu’imaginer des conséquences désastreuses pour la majorité des ménages.

Conclusion

Ce billet résume quelques points essentiels montrés par l’étude sur l’impact du Covid-19 sur les ménages à Madagascar depuis la déclaration de l’ Etat d’urgence sanitaire au mois de Juin 2020.

Il est clair que le covid-19 continue d’avoir un impact négatif sur l’économie malgache en général. L’ Ariary se déprecie fortement et rien ne semble suggérer une quelconque amélioration dans les moins qui viennent.

Bien sûr, de nombreuses opportunités se profilent à l’horizon comme le développement de l’e-commerce. Mais l’exploitation réelle de cette opportunité dépend largement de la disponibilité des infrastructures de télécommunication mais également financière. Un grand chantier pour le gouvernement en place.

Source : INSTAT Madagascar, PRINCIPAUX RESULTATS DE L’ENQUETE REALISEE AUPRES DES MENAGES VAGUE 01, Antananarivo, Juin 2020.

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